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Paule FRANÇOIS : "Sous le soleil exactement"
par Jean-Paul Gavard-Perret, professeur à l'Université de Savoie

"Tous les paysages et motifs de Paule François sont marqués par la présence solaire. L'astre agit sur le moteur de la création de l'artiste. Il permet les éclosions de couleurs que l'artiste reprend à son compte dans sa rhétorique du tissage. Plus que magie ou mystère surgit le réel poussé à bout vers une mémoire de ce qui disparaît afin de faire ressentir une conscience différente du monde.

Le tissage possède l'immense mérite de proposer une sensation tactile. Sa fabrication même oblige l'ouvert et le retrait. La nuance y prend des chemins particuliers car cette technique impose une manière particulière de délimiter l'espace puisque la matière embrasse tout.

L'artiste explore ses lieux majeurs : ceux de l'enfance et du retour, ceux du Maroc où elle a vécu. Dans des œuvres se rejoignent le rassemblement des êtres et la libre vastitude. La créatrice rappelle qu'être sur terre veut dire être sous le soleil. En conséquence elle divinise inconsciemment cet astre pour faire éprouver notre station terrestre, nos démarches, nos travaux, notre sentiment de l'espace.

Paule François pense ainsi le monde par images chargées de couleurs et de mouvements. Chargées aussi d'un moi particulier. Il vit l'extase du monde qui l'entoure et dont l'artiste propose la nudité. Au fond, ce qu'elle désire revient à produire des lieux qui seraient l'expérience d'un équilibre entre deux abîmes : celui du ciel et celui de la terre. Du vide et de la densité. L'équilibre entre ces deux "masses" passe souvent par ceux qui font le lien entre eux : paysans, travailleurs.

Le soleil nous a vu naître, il nous verra mourir : il englobe les choses et le temps. Et lorsque nous regardons dans les œuvres de l'artiste le bleu du ciel, ce bleu est le lieu du lieu où se marie d'autres couleurs. On attend désormais que Paule François ose franchir le pas dont elle est capable : à savoir renverser certaines conditions habituelles du regard porté tant sur la nature que sur ce que l'on nomme œuvre d'art.

En effet, les détails que l'artiste montre et recrée par l'intimité de la texture de ses matières peuvent parfois se dilater encore. Faisant passer en elle ses paysages ils peuvent devenir plus fortement le champ actif d'une imprévisible expérience visuelle comme celui de la fouille d'un destin. Car le soleil n'est pas uniquement "au-dessus" de l'artiste mais en elle, intensément présent.

Jean-Paul Gavard-Perret